.......La Patagonie : le bout du monde ou du rêve à la réalité.....

 

il y des noms comme ça qui font germer une étincelle au font des yeux, terre de feu, Ushuaia, la Patagonie en font partie. Le départ est programmé pour le 2 février 2012, 15 jours, dont 12 de roulage pour parcourir 3600 kms, en moto, 60% de piste et 40% d'asphalte, de San Carlos de Bariloche, ville de la province de Rio Negro, en Argentine, à 1650 kms au sud-ouest de Buenos Aires au pied des Andes en bordure du lac Nahuel Huapi, à Ushuaia.

Le voyage est long, Paris - Barcelone - Buenos Aires (12h30 de vol) - Bariloche avec en prime pas de bagages à l'arrivée ! l'accueil de l'équipe de Bariloche Moto Tour est chaleureux, Klaus et sa femme Andréa, le fiston Nicolas qui fera parti du voyage, Charlie qui conduira le véhicule d'assistance un Dodge ram. Présentation de mes compagnons de route : Christophe de la côte Basque, Emmanuel et Jean Pascal de Paris, et Jean Baptiste du Canada, bien sympathique cela présage une bonne ambiance. Prise en main des motos le jour même, une Transalp 600, la tête un peu à l'envers je doit le dire, mais trop impatiente de découvrir ce qui nous attend, la piste longe le lac Huapi dominé par les montagnes. Le soir un petit briefing autour d'une bonne table puis une bonne nuit de repos car demain les choses ''sérieuses'' commencent.

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Ça y est, je réalise juste que j'y suis, un pied de nez à ceux qui ne m'ont pas cru ni encouragé, c'est vrai, une p'tite nana, à l'autre bout du monde seule et sur une moto, aujourd'hui je sais que j'irais au bout de mon rêve. La fameuse route 40 est empruntée, les lacs et rivières défilent avec en arrière plan la cordillère des andes. Pic nique sur les terres de F.Pagny (ou pas loin), puis nous découvrons un barbecue géant à Chubut, des tonnes de viande, un brasier alimenté par des troncs d'arbre, des danses folkloriques. La route laisse place à la piste serpentant au milieu des bois bordé de lac,pour traverser le parc National de Los Alerces, crée en 1937, pour protéger un arbre appelé Alerce très recherché pour la qualité de son bois mais menacé d'extinction, certains âgés de plus de 2000 ans et témoins assurément de l'histoire des habitants de ces forêts. Arrivée à Trevelin, fondée en 1860 pendant la période d'immigration Galloise,une bonne nouvelle nous attends, Andéa est en route avec nos bagages, super! ce soir elle dînera avec nous.

le 3 ème jour, passage de la frontière Chilienne à Futaleufu, avec fouille des sacs, aucun passage de produit frais(fruit,légume,viande)n'est toléré. le voyage c'est aussi des rencontres, un Américain avec un vieux side BM, un australien et sa GSA, 3 autres avec 650 GS et 800 GS partis pour 4 mois, nous les retrouverons à Ushuaia. Nous sommes au coeur de la Cordillère, la route austral de sud, la pluie fait son apparition,nous suivons la rivière Futaleufu qui prend sa source dans le parc Los Alerces en Argentine pour s'écouler à l'ouest vers le Chili et se jeter au niveau de la ville côtière de Chaiten. La piste étroite serpente à flan de montagne, les vallées sont gorgées d'eau avec une végétation presque tropicale.Puyuhuapi fait parti du système volcanique du Melimoyu et est donc pourvue de sources chaudes thermales. Arrivée au El Pangue Lodge, le temps d'enfiler un maillot de bain et nous voilà dans le jacouzi alimenté directement par les eaux chaudes du volcan, on avait juste omis de me dire qu'il fallait aussi se baigner dans la rivière gelée, même ici y sont ''fada'' mais c'est génial, mise en forme assurée, puis billard avec Nicos, trop fort, avant de passer à table.

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départ sous une brume matinale, le village de Puyuhuapi se découvre au bord d'un fjord aux eaux sombres, il pleut mais les petites maisons et ses nombreux bateaux aux couleurs d'arc-en-ciel donnent une image féerique. La piste nous mène au passage d'un col, les cascades jaillissent de toutes part, les glaciers ne sont pas loin mais le temps bouché nous les dissimule, un passage délicat avec de la boue une vrai patinoire, puis une série de lacets amorce la descente. Oups ! la béquille à perdu son ressort, bon, on attend le ram pour remettre tout ça en place. Après la pause déjeuné ou Nicos s'avère le roi du sandwich au thon, il nous reste 90 kms de virolos. Certains allument fort, on a aussi nos caméramans, ça marche très bien surtout avec une carte mémoire, clin d'oeil à Christophe ! Coyhaique dernière ville située dans le sud profond du Chili, avant la pampa. Repas dans une taverne typique, la cheminée crépite, le limoncello fait son effet et c'est une franche partie de rigolade.

5ème jour direction Puerto Guadal, toujours sous la pluie, très formateur pour moi (la pluie et la piste),avec les premières bourrasques de vent. Une pause café dans 2 bus enterrés et aménagés en snack, ici commence le fart west. La piste est détrempée, alternance de terre, de graviers, les paysages sont saisissants, la descente sur Puerto tranquilo de fait sous le soleil, le lac Général Carrera le plus grand du Chili et 3 ème du continent par sa grandeur, nous dévoile toute sa beauté, parsemé d'îlots verdoyants plongeants dans des eaux turquoises, bordé de pics enneigés, il se prolonge du côté Argentin en prenant le nom de lac Buenos Aires, la nature nous fait jouir d'un spectacle inoubliable. le soir relâche au Terra Luna un éco lodge sur les bords du lac.

Nous quittons la région des lacs et le Chili par le poste frontière de Chile Chico, traversée de Los Antiguos, la route 40, le vent souffle (un bon mistral), à perte de vue des plaines, rien n'arrête le regard sur l'horizon. Perdu au milieu de nulle part, Bajo caracoles, hameau digne des westerns d'Ennio Morricone, point de rencontre pour le carburant. Aih ! première crevaison, roue arrière, on charge la moto sur la remorque on réparera à l'hôtel, je finis les derniers kms de piste avec Klaus, pilotage extra, j'admire le paysage sans me soucier de la piste, un groupe de 5 guanacos se mettent à courir au côté de la moto puis nous passent devant, ouaouh ! c'est la séquence émotion. Ce soir nous dormirons à Lago Posadas et cour de mécanique, comment démonter une roue ! le ram lui aussi sera victime d'une crevaison ainsi que 2 roues de la remorque ! étrange, le mafiosi de la station doit s'amuser à balancer des clous sur la piste.

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Au matin du 7 ème jour, nous empruntons une petite piste plutôt enduro que routière pour atteindre un lac au milieu duquel se dresse une arche plongeant dans une eau d'un bleu profond. puis il faut repasser par Bajo Caracoles avec l'appréhension des clous sur la piste, ça passe ! a nouveau la route 40, le regard se perd à l'infini, quelques autruches, guanacos détalent à notre passage. Ici l'enfer commence, notre ennemi le vent, rien ne l'arrête, le mistral à côté fait office d'enfant de coeur, les 35 derniers kms seront difficiles, une rafale me fait traverser la piste avec ses lignes de gravier épaisses, c'est du rodéo, je rattrape la moto je ne sais pas comment mais c'était limite. Pas mécontente d'arriver à l'estancia, ou un mouton entier se fait rôtir dans la cheminée, un délice, ici tout est produit sur place, viande et légumes.

le lendemain direction El Calafate et retour à la civilisation dans ce petit village touristique situé entre le plateau de Santa Cruz et la Cordillère des Andes,au bord du lac Argentino, c'est la porte d'entrée vers le célèbre glacier Perito Moreno, 5 kms de front et 60 mètres de hauteur, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.

le 9ème jour sera consacré à la visite du glacier. 6h30, branle bas de combat, tout le monde au p'tit dèj. les 80 kms qui nous sépare du glacier seront vite expédier (va falloir que je me réhabitue aux limitations de vitesse en rentrant !), nous allons pouvoir profiter de toute sa splendeur avant l'arrivée de la horde de touristes. Au détour d'un virage le géant se dévoile, impressionnant, majestueux, comme l'océan il reste une force indomptable ce qui en fait toute sa beauté et son respect. le silence n'est troublé que par le bruit de l'eau qui ruisselle, les craquements de la glace, un bloc se détache, il vit et on l'écoute, fasciné. On a du mal à repartir, Chritophe est devant, je roule avec des étoiles plein la tête, on croise Klaus qui vient de changer sa transmission, on va se restaurer, j'avais oublié que j'avais faim, je lui emboîte la roue, 150 à l'heure, oups! il doit avoir très faim !

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Nous quittons El Calafate pour le Parc National Torres Del Paine, la route s'élève sur le plateau ou s'étend à nos pied toute la plaine d'El Calafate, puis une piste roulante et casse croûte à l'abri du vent qui se lève sérieusement, dans la seule station essence posée au milieu des pâturages. on reprend la route puis 6 kms de piste avant la frontière Chilienne, à la bifurcation je m'arrête, erreur, le vent me déséquilibre, heureusement Klaus est là pour me réceptionner sinon Badaboum... c'est mon St Bernard il ne lui manque que le tonneau de whisky ! résignée, la moto sur la remorque et moi dans le ram, certes en charmante compagnie avec Charlie et Nicos, mais intérieurement je râle. Je vois mes compagnons de route passer sauf Jean Pascal qui loupe l'embranchement, trop concentré pour nous voir, va falloir aller le chercher...les cailloux sont soulevés par le vent et finissent dans le pare brise, c'est impressionnant, faut le voir pour y croire. Finalement nous sommes tous bloqué la frontière, on consulte la météo mais pas d'accalmie, trop dangereux pour continuer, les motos sont mises à l'abri et c'est à 8 dans le ram que nous finirons les derniers 70 kms de piste, pour rejoindre notre hébergement dans le parc de Torres Del Paine, une rafale se permet même de nous déporter, le Dodge Ram et la remorque 3,5 t , à ce moment là on ne s'imagine même pas avec les motos...

Le lendemain matin, le vent c'est calmé, on retourne vite chercher nos montures, l'après midi les éléments sont contre nous, le dieu éole remet ça, impossible d'aller visiter le parc, dommage.

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12 ème jour, nous quittons le parc Torres Del Paine, 90 kms de piste entre lacs et montagnes parsemé d'arc-en-ciel agrémenté par l'envol majestueux de condors dérangés par le bruit des motos, direction Cerro Sombrero, en passant par Puerto Natales , port de pêche situé sur le canal Senoret et du fjord Última Esperanza, puis l'immensité des plaines, c'est vaste. Le détroit de Magellan apparaît, 611 kilomètre c' est le plus long et le plus important passage naturel entre l'océan Atlantique et Pacifique, c'est magique, c'est l'histoire qui nous rattrape, Fernand de Magellan fut le premier Européen à naviguer sur le détroit en 1520. Pic nique dans une estancia abandonnée, le vent siffle au travers de carcasses de bateaux qui agonisent. La route s'arrête, à nos pied le détroit et de l'autre côté la terre de feu, l'émotion grandit, au fil des kms le bout du monde se rapproche inexorablement et avec lui la fin du voyage. 30 mn de traversée y bienvenidos a la isla tierra del fuego.

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Dernier jour de roulage, 150 kms de piste au travers d'un paysage dont on ne se lasse pas, estancias, guanacos et troupeau de moutons, des ruisseaux et même des flamants roses, mais on est déjà à la frontière, on repasse en Argentine à San Sébastian, le long de l'océan Atlantique, il reste 300 bornes, seulement, les kms défilent à une allure modéré, partagé entre le souhait d'arrêter le temps et celui d'arriver à Ushuaia. La Cordillère réapparaît, des pitons abruptes laissent entrevoir les glaciers. Passage d'un col ,Paso Garibaldi, puis on bascule, 30 kms de descente, dans une vallée où je m'attends à voir surgir des dinosaures, je suis dans un film de Spielberg là, mais non juste un genre de gros raton laveur qui surgit, m'obligeant à freiner et me ramenant à la réalité. Mes compagnons de voyage me laisse entrer en premier à Ushuaia, merci les gars. On est au bout du monde.

le lendemain, navigation sur la canal de Beagle, jusqu'au far des éclaireurs, il fait un temps splendide, les cormorans et les lions de mer se prélassent au soleil, puis nous partons découvrir Ushuaïa, son nom vient de la langue des indiens yámanas, ses premiers habitants, et veut dire "baie qui pénètre vers le couchant". La rue principale n'est faite que de magasins de souvenirs, tourisme oblige, mais ou est l'authenticité ? nous irons la chercher le soir, un pub d'un autre âge, ambiance garanti et deux soirées mémorables.

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Le 17 février, c'est le départ, c'est le coeur serré que je boucle le sac, difficile de partir.

Ce fut mon premier grand voyage en moto ( ce ne sera pas le dernier), j'ai roulé avec une équipe formidable dans des paysages à couper le souffle, chargés d'émotion que ce soit sous le soleil, la pluie ou dans le vent, j'ai des images plein la tête mais tout les superlatifs employés ne suffirons jamais à exprimer ce que l'on peu ressentir sur ces terres du bout du monde, ces terres d'aventures, il faut vraiment le vivre et je souhaite à tout ceux qui me lirons d'y aller un jour.

Patricia

............ les Panoramiques........ ... l'équipe